j'ai dû pleurer toutes les larmes que je pouvais encore laisser couler pour "accepter" cette césarienne.
Là, pour la césarienne, l'anesthésiste m'injecte ENFIN le produit qui me soulage de ces douleurs insupportables. Je me dis que c'est ça que j'aurais voulu avoir. Et oui, sans sommeil et dans la douleur, je ne pense plus qu'à la stopper cette douleur, l'envie d'avoir la sensation de pousser au moment de l' expulsion est secondaire, parce que lointaine...je ne me voyais même pas accoucher! Je n'étais que douleur.
Avec tout ce que je me suis pris dans le corps comme anesthésiant, sans plus aucune douleur, et sachant qu'il y avait enfin une issue, à ce moment, je fus soulagée. Oui, l'annonce de la césarienne, après avoir été un douloureux moment d'acceptation, fut un soulagement.

Je me suis laissée totalement porter...j'ai lâché prise complètement...je n'ai jamais connu pareil état...j'acceptais tout, rien de pire ne pouvait m'arriver, je souriais pour un rien, tout en ayant l'impression que je ne fonctionnais qu'à moitié, dans ma tête et dans mon corps (ce qui n'était évidemment pas faux pour le corps...ben et pour la tête pas franchement non plus). On m'a installée dans la salle de césarienne. J'avais la tête complètement à plat. Mes deux bras éloignés de mon corps et rattachés à des perfusions, des brassards de tensiomètre, etc... Mes poignets étaient même attachés. Et le champ opératoire, je l'ai eu au niveau du cou. Je n'étais plus qu'une tête. Et encore...je n'étais plus maitresse de rien du tout.
J'attendais qu'on fasse rentrer Paolo mais rien, ils avaient fermement refusé. Même dans cet état second, il m'était impensable de faire naître Tiago sans qu'au moins son père puisse l'accueuillir.
Ils auraient pu faire entrer Paolo dans la salle, mais non, et l'opération commence. Je sens tout, sans aucune douleur. Je sens qu'on m'ouvre et qu'on "m'écarte" le ventre. Je trouve ça long alors qu'il parait que ça ne dure qu'une quinzaine de minutes.
Pendant tout ce temps, le papa aurait pu être derrière moi, sur la gauche, et mon regard se fixer sur lui. Lui, même pas peur, regarderait toute l'opération, enfin de loin. Je l'aurai au moins vu qui contemplait la naissance de notre fils. Et là, même dans ce moment si surréaliste, au moment ou je sens que Tiago sort de mon ventre par cette impression d'un poids qu'on enlève, j'aurai peut etre pu voir la petite larme ou les larmes du père qui voit son fils naître, et j'aurai pu entendre les premiers pleurs de mon fils. La vision de Paolo et les pleurs de Tiago auraient été alors pour moi les moments les plus beaux que j'aurai pu vivre dans tout ce cauchemar. Et les seuls.
A la place de tout ca, On me présente Tiago, à ma tête, mais je suis ficelée, je ne suis plus qu'une tête! Je ne peux même pas le serrer, je n'arrive pas à prendre la bonne distance pour bien le voir, et réaliser que c'est mon fils. Je ne peux rien faire. Je voulais avoir du temps, pour lui et moi, pour le mettre au sein. Mais non. Ce que je redoutais est arrivé : j'ai eu cette impression de ne pas reconnaitre Tiago comme mon fils à ce moment...et ce, entre autres, pour des raisons "physiques" : je ne le voyais pas bien, je ne voyais pas à quoi il ressemblait, je ne pouvais le toucher qu'avec ma joue, mes mains ne pouvaient pas le toucher... J'avais envie que ce contact qui ne me convenait absolument pas cesse, qu'on me recouse et qu'on me redonne mon petit dans les bras après, pour que je puisse en profiter pleinement. Je ne voulais pas que cette première rencontre se passe comme ça.
Il est ensuite parti avec son père.
Et vient le moment où on me recoud. Euh...l'aspirateur là, je sens que ça fait un peu froid...et ce que vous faites, là...ça me fait mal...oui oui, ça me fait mal, plus ça va, plus je sens la douleur...je crie même un aïe! Et le chirurgien me pose la question la plus stupide que j'ai pu entendre " mais c'est quoi qui vous fait mal?". PEUT-ETRE QUE JE SUIS EN TRAIN DE SENTIR TES INSTRUMENTS ME TRITURER LES VISCERES NON???!!! enfin ca, ca a été pensé et non crié ... dommage. L'anesthésiste fronce les sourcils, il a l'air dépité, je lui explique que je commence VRAIMENT à sentir les douleurs, que ça commence à ne plus aller, et là hop, trou noir,il a surement dû me réinjecter une ptite dose pour que je sois stone ....
Parce que j'étais dans le gaz, dans une fatigue intense et artificielle, cumulée en plus à la fatigue réelle de ce long périple. J'ai le sentiment de ne pas avoir vécu tout ce qui a pu se passer durant cette journée, comme si ce qui m'arrivait ne m'appartenait pas. Il n'y a qu'après, des jours plus tard, que je me suis posé des questions, que je me demande tout ce qui s'est passé. Parce que cette première journée de naissance de Tiago est donc la première où je l'ai mis au sein. Et je ne me souviens pas de la première tétée...je n'en ai aucun souvenir. C'est donc pour moi un drame de plus. J'ai loupé cette autre rencontre avec lui, je ne m'en souviens même pas!
Et bien évidemment, c'est la deuxième étape de mon récit, je n'ai vraiment pas été aidée du tout à mon retour dans cette chambre où m'attendait un papa et son bébé et des grands parents déjà gaga de leur pti fils.
J'étais bloquée le premier jour dans le lit, du fait de la césarienne. Je dépendais donc totalement du personnel si je voulais prendre mon bébé, ou même ne serait-ce que lever le dossier du lit! et je crois que cest ca le pire a vrai dire ...
Je devais donc sonner pour tout ce que je voulais faire. Et bien évidemment, du coup, aucune mise au sein n'a été faite sans personne, pour voir comment lui et moi on pouvait simplement se découvrir. Depuis le début, j'avais quelqu'un qui me disait comment faire, et ce, à chaque mise au sein. Je n'avais plus de marge de liberté, d'essayer par moi-même, et de demander conseil seulement s'il y avait un problème.
Et bien évidemment personne n'avait la même technique, ni le même discours.
Tiago avait du mal à téter et était aussi endormi que moi ....
Je me rappelle d'une sage femme qui n'avait aucun tact, elle faisait avec moi comme elle faisait avec toutes les autres mamans. Elle prenait le bébé , me le flanquait au sein, me pinçait le téton pour le mettre dans la bouche de Tiago toujours sans rien me demander ou m'expliquer, et ça devait marcher comme ça. Au départ, comme j'avais ces fortes douleurs de la césarienne, et que surtout, c'était mon premier bébé, que maman n'était pas là tout le temps pour m'apprendre à donner le sein par exemple, je ne disais trop rien et essayais de me fier à ce qu'elle pouvait dire. Mais quand j'ai repris des forces et que je faisais attention à ce qu'elle pouvait dire, j'ai essayé de lui faire comprendre, paolo aussi, qu'on était pas du tout d'accord avec ce qu'elle disait.
Et surtout, au 4e jour, alors que Tiago n'etait toujours pas très actif au sein, que j'allais de plus en plus mal moralement, elle me dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça, que j'étais sa mère, que j'étais responsable de lui, que je ne devais pas le laisser sans nourriture, que je devais le prendre en charge, parce que sinon, on le transfère et on le perfuse direct. J'ai éclaté en slanglots en lui criant à la face que ce n'était pas comme ça qu'elle m'aidait. Comment voulez-vous être détendue et se sentir mieux si on vous fait comprendre que vous êtes nulle et qu'on vous parle de perfuser votre enfant?!
A partir de ce moment, je ne l'ai pratiquement plus vue. Par contre, après, j'ai eu droit à la visite d'une de ses collègues, aussi compétente humainement qu'elle. Je venais, pour la première fois, de passer une tétée d'un quart d'heure à chaque sein, j'étais absolument ravie, je pensais que ça y est, c'était parti. Mais ce que je ne savais pas et qu'on ne m'expliquait pas, c'est que je n'avais pas encore assez de lait pour le nourrir réellement. Cette femme arriva donc avec la courbe de poids pour bien me montrer que là fallait plus déconner, il était en danger et il fallait absolument lui donner un "complément". Après ce sentiment si joyeux que tout allait rentrer dans l'ordre, elle venait me saper le moral en me disant "mais oui mais on peut pas le laisser sans rien boire! Il était au sein oui, mais ça veut rien dire, y'a sûrement rien pour l'instant!" Cette c****sse ensuite s'expliquait tellement mal que je refusais tout bonnement de lui donner autre chose que mon lait. Elle se mit sur la défensive et me répondit "écoutez, moi je vous informe, maintenant si vous refusez j'y peux rien, je vais prévenir le pédiatre".
Bien heureusement le pédiatre est arrivé et m'a expliqué le problème, qui n'était pas grave, et m'a expliqué que le complément serait donné non pas au biberon mais comme je le voulais, à la seringue par exemple, pour la nuit après chaque tétée et qu'on réévaluerait le lendemain, que ce n'était que transitoire, le temps qu'il reprenne du poids. C'était pourtant pas compliqué de me l'expliquer comme ça! J'aurais jamais refusé un complément si j'avais vraiment compris les enjeux.
Mon séjour dans cet hôpital, du début à la fin, a été l'une des pires périodes de toute ma vie, alors que ça aurait dû être l'une des plus heureuses. Bien entendu et heureusement il y a eu aussi du personnel compétent et humain qui a su voir la nuit où j'ai complètement craquée et qui a su prendre le temps de rester avec Tiago et moi le temps d'un peau à peau pour se découvrir et que TIago aille chercher de lui même ce lait qui tardait à venir a cause de tous les anesthésiants ...

Attention, je n'ai pas envie d'entendre que je dois relativiser, que finalement, je n'ai pas eu de complications, que bébé et moi on va bien, que je me plains de choses futiles ou autres...je livre ici mon expérience et mon ressenti, et j'interdis à quiconque d'y porter un jugement. Je tiens à donner mon témoignage, pour qu'on puisse me comprendre, pour que d'autres qui se reconnaissent parfois dans certaines expériences de mon témoignage se sentent un peu moins seules également, pour les écouter me dire qu'on n'est pas seules dans cette galère et qu'on a envie toutes d'avancer et de faire quelque chose de constructif des drames qu'on a vécu à des degrés différents...mais qu'on a eu mal, qu'on a encore mal, et qu'on a envie d'être reconnues dans cette douleur, et non niées.
Mon ressenti d'aujourd'hui va dans un sens combattif. Enfin, ça c'est plutôt ma raison. Parce que mon ressenti...je cherche, tous les jours, je cherche ce qui a pu m'échapper. Je cherche à comprendre.
Et mon ressenti...parfois je me sens comme une petite fille qui envie ses copines d'avoir ce qu'elles veulent. Parce que oui, très égoïstement, je ressens une douleur terrible quand je lis ici et là des témoignages d'accouchements qui se déroulent tout à fait normalement. Dans chaque témoignage, je me retrouve à un moment donné, et puis hop, elles continuent leur chemin en Terre d'Accouchement sur le chemin le plus facile et gai, alors que moi j'ai dévié et pris un chemin sombre et empli de ronces. Alors qu'on avait le même point de départ. Voilà ce qui est le plus douloureux.
C'est vraiment étrange mais il y a un phénomène dans le déroulement d'un accouchement qui me peine au point de faire couler mes larmes à chaque fois que je le lis, c'est celui de la dilatation du col. Je vous assure que je pleure chaque fois que je lis un témoignage où on parle de dilatation du col qui évolue. Je n'ai pas eu cette "chance".
Parfois, pour me consoler, on me parlait d'une éventuelle prochaine grossesse.
Même l'idée de cette "éventuelle prochaine grossesse" aussi me faisait atrocement mal. Il m'était impensable d'envisager une autre grossesse après ce que je venais de vivre. J'avais et j'ai vraiment trop peur, malgré le fait qu'on dise toujours qu'une grossesse n'est pas l'autre, de revivre ne serait-ce qu'un chouilla de ce que j'ai vécu à cet accouchement. J'ai peur de me projeter de manière positive dans cette autre grossesse. J'ai l'impression de ne pas avoir le droit, qu'on m'a enlevé tout droit de vivre une naissance dans son total respect. Et surtout ça n'enlèvera en rien tout ce que je n'ai pas et tout ce que j'ai mal vécu durant cet accouchement-là.
Et concernant les pratiques hospitalières...j'aimerai vraiment ne plus lire que tout ce qui se passe à l'hôpital est rare, ou pas systématique. Je ne parle plus de détails ou d'actes qu'on fait. Je lis trop souvent de phrases du genre "puisqu'à mes 5 accouchements dans 3 établissements différents je n'ai pas eu d'épisiotomie, ce n'est donc pas systématique!" Je parle d'une mentalité médicale ambiante, et non plus de ces actes isolés qu'on pratique ou non.
Je parle de ses femmes qui accouchent et ne sont pas forcément bien informées par manque de moyens et/ou d'argent. Elles ne se renseignent ou documentent pas autant que moi. Et moi, malgré tout ce que j'avais appris, voilà ce que j'y ai subi. Et pourtant, cet hôpital a amorcé une ébauche d'évolution. Notamment au niveau du projet de naissance qui n'est absolument pas inconnu au personnel et qui s'est pris la peine de le lire (en tout cas, en salle d'accouchement, parce que pour les premiers soins du bébé, en parlant avec Paolo qui était aussi dans un état second, j'ai de sérieux doutes...).
Mais depuis le 8e mois de grossesse, l'hôpital par ses multiples surveillances dans ses locaux, donc normalement voués à SOIGNER des PATHOLOGIES, a fait de cette grossesse une grossesse à EVENTUEL risque, de moi un utérus qu'il faut absolument surveiller de très près parce que bassin trop étroit ... Ils savaient , ils m'avaient fait les examens alors pourquoi pas ne pas avoir mieux préparé le terrain le sachant à risque ? Ai-je pris les bonnes décisions? Aujourd'hui on m'annonce que le deuxième accouchement par césarienne sera programmé de facon sûr pour éviter à mon utérus cicatriciel de fortes contractions qui pourrait entrainer une déchirure de l'utérus et des conséquences plus graves ..... encore quelque chose à digérer car je voulais que mon bébé baigne dans les hormones de l'accouchement que ma lactation soit prete, que bébé choisisse de venir quand il en a envie pour éviter un maximum de le brusquer et de le réveiller par un coup de scalpel dans son petit nid douillet .... à côté de ca , ni mon corps ni mon lait ni mon bébé ne seront prêts à la date choisie par le chirurgien accoucheur .... serais - je à la hauteur au bloc ? physiquement et surtout psychologiquement .... se retrouver a nouveau les bras attachés en croix sur une table ...
C'est vraiment la question centrale de tout ce vécu. Si mon corps se préparait...qu'arriverait-il si je le laissé continuer son chemin tout seul au lieu de succomber à la pression médicale qui dit que les 41 semaines révolues sont dangereuses?
Le saurai-je un jour...
En tout cas, dans tout ce périple, j'ai un énorme merci à faire à ce forum ...http://www.cesarine.org

Mais heureusement, pendant tout ce chemin en Terre d'Accouchement, je savais qu'à chaque moment, chaque peur, doute angoisse ou question, il y avait quand même quelqu'un sur qui je pouvais compter. Une présence féminine, une mère, quelqu'un qui éprouvait de l'empathie, qui savait m'écouter, et qui a su me conseiller.
Il y a bien des moments ou, alors que je ne connais même pas son visage, j'aurais aimé qu'elle soit tout à côté de moi.